Deep & Igee : la tempête qui fait bouger Bordeaux.

Bordeaux, c’est déjà sympa. Mais Bordeaux en musique, c’est encore mieux. Pour accompagner vos longs trajets en tram le matin, on vous propose de remplir votre playlist Spotify avec de nouveaux artistes tout beaux tout frais et 100% bordelais.

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Deep & Igee : un vent de rap qui souffle sur Bordeaux

C’est pourquoi on vous propose un focus spécial sur deux artistes en ascension qu’il est bon de connaître quand on est un vrai bordelais : Deep & IGee. « J’suis pas né d’la dernière pluie, moi, mais d’la dernière tempête », c’est comme ça que ces deux rappeurs se décrivent dans leur titre Impressions. La tempête Deep & IGee, elle démarre quand deux gamins de collège décident de se mettre au rap « pour déconner ». Concrètement, le duo tel qu’on le connaît aujourd’hui est réellement actif depuis environ six ans. Avec déjà quatre EP sortis, et plusieurs singles, le tout disponible sur leur chaîne youtube, vous aurez de la matière à découvrir dans vos écouteurs. Génial, non ? Et encore mieux pour vous : ces messieurs ont accepté de nous rencontrer pour répondre à nos questions. Alors aujourd’hui, on partage tout avec vous…

Mais d’abord, un petit aperçu avec notre interview fast : alors, rive gauche ou rive droite ?

DEEP & IGEE – L’INTERVIEW

Depuis combien de temps vous connaissez-vous ? Et quand est-ce qu’est né votre duo tel qu’on le connait ?

IG : On se connaît depuis tout petit, depuis le CP. Le groupe est né à la fin du collège. Au début, ça s’appelait « Al’Ancienne »

Et pourquoi ce changement de nom ?

IG : Quand on est rentré dans le rap, on écoutait beaucoup de rap des années 90, d’où le nom Al’Ancienne. On l’a gardé pendant un certain temps parce que c’est comme ça que les gens nous connaissaient, mais on s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas que ça à faire, donc on s’est senti obligés de changer pour ne pas s’enfermer dans un style.

Et dans ce cas, pourquoi Deep et IGee ?

Deep : Me demande pas pourquoi ! (rires). C’est un blaz, tu commences avec un surnom, puis tes potes t’appellent comme ça et ça reste. IGee, c’est par rapport à ses initiales (nda : Igor).

IG : Ça a toujours été comme ça, j’allais jamais changer.

Deep : et moi à la base, c’était B.O.S Deep, et après ça a fini en Deep, je trouvais ça plus stylé. 

Donc vous vous connaissez depuis longtemps : est-ce que vous avez commencé à écrire ensemble ?

Deep : Ouais, on a vraiment tout commencé ensemble, en fait.

IG : Un jour, il a débarqué et m’a dit « viens gros, on fait du rap ! ». Et du coup, on a fait du rap. Et puis c’est parti en couilles… (rires)

Deep : De ouf ! Mais on s’y est accroché, on a été pris de passion pour ça.

L’EP « Périmètre », il est signé Deep, mais vous avez bossé dessus tous les deux. Si vous pouviez le décrire en un mot, quel serait-il ?

IG : (à Deep), ah ça c’est toi, c’est ton projet. J’ai mes mots, mais ça reste ton projet.

Deep : En un mot… euh..

IG : C’est pas facile !

Deep : Je dirais « éclectique ». Même s’il est pas vraiment gavé éclectique, mais il n’y a rien d’autre qui me vient en tête.

IG : J’aurais pas dit ça. Plutôt sombre, enfin pas vraiment..

Deep : Deep !

IG : Ouais, Deep, voilà.

C’est bien trouvé ! Et pendant que tu l’écrivais, qu’est-ce qui te venait en tête ?

Deep : Ah, plein de choses ! Comme à chaque fois que j’écris – qu’on écrit, il n’y a pas forcément de thème. Ça peut être de l’égotrip, ce genre de chose ou tu dis être le meilleur, c’est un truc qui revient souvent dans le rap. Après, on aborde parfois des sujets un peu plus sérieux, un peu plus sensés. D’autres fois, on a juste envie de faire des choses plus légères, pour faire sauter les gens en concert.

IG : On ne se prend pas trop la tête : les thèmes nous viennent en écrivant. On ne se dit pas « il faut qu’on fasse un morceau sur ça ». Mais bon, on parle de choses quand même !

Deep : Voilà, même s’il n’y a pas forcément de thème précis ou de ligne directive, il y a quand même des thèmes sous-jacents qui ressortent dans plusieurs morceaux.

A quoi ressemble votre processus de production, en étant indépendant, sans label ?

Deep : Alors, en prenant le processus dans l’ordre, on reçoit les prods de potes à nous, qui nous en donne, parfois à notre demande.

IG : (Et pas seulement des potes).

Deep : Une fois qu’on a les prods, on se pose dessus et ça nous inspire un morceau ou pas. Quand c’est le cas, un de nous démarre son truc, et on met en commun quand on se voit pour essayer de faire un morceau avec. Des fois, on détermine le thème ensemble. Par exemple dans le cadre d’un projet de plusieurs titres, on se dit « bon, qu’est-ce qui manque ? Qu’est-ce qu’on a pas abordé, quelle thématique est-ce qu’on peut amener ? ». 

IG : Ça varie beaucoup, ces processus. Des fois ça part d’une prod, c’est souvent le cas, mais ça peut aussi partir d’un texte qu’on a écrit avant.

Deep : Après, on écrit jamais un texte « à blanc », sans la prod au préalable. Parfois quelques bribes, mais c’est de la musique donc on se base toujours sur l’instru. S’il y en a un de nous qui a déjà enregistré un couplet, par exemple, et que ça plaît à l’autre, il s’y rajoute.

IG : Et des fois, on fait des morceaux solo.

Et pour la promotion de votre musique, la gestion des plateformes de streaming, comment est-ce que ça se passe ? 

Deep : Ben, on fait tout nous même –

IG : On fait ce qu’on peut ! (rires)

Deep : On est pas dans la com’, même si moi j’y touche un peu, mais voilà, on se débrouille. A force, on apprend. Mettre ses sons sur les plateformes, c’est pas si compliqué.

IG : Il y a de plus en plus de services sur internet qui propose ça aux indépendants, en plus. C’est pas mal, ça permet de toute faire soi-même.

Et vous comptez le rester, indépendant ?

IG : Non.

Deep : Pas forcément. Si on peut rester indépendant et gagner notre vie sans avoir personne pour nous poser des contraintes, des délais, nous mettre des bâtons dans les roues, tant mieux ! La question ne se pose pas vraiment pour l’instant. Mais si un jour, un label est intéressé par ce qu’on fait, on est aussi ouvert à ça. L’avenir nous le dira !

Dans  la musique que vous avez sorti avant, on remarque un style plus agité et incisif, très représentatif d’une jeunesse révoltée.  En comparaison avec vos productions les plus récentes, comme Périmètre ou IDYL, vous y avez des sons beaucoup plus calmes et posés. Est-ce que ce ne serait pas une maturation de votre style ?

Deep : Ouais, c’est vrai, après il y a quand même des morceaux comme Antisocial Vie qui restent plus dans ce style. Le propos, en soi, n’est pas forcément révolté ou engagé. Mais c’est vrai que dans nos musiques d’avant, c’était plus fou-fou. Maintenant, c’est beaucoup plus cadré : quand on arrive dans le studio et qu’on écoute la prod, on sait ce qu’on va faire. On sait comment placer notre voix, comment ça peut sonner avec un mix. Même si on a encore beaucoup à apprendre, on a fait du chemin et on sait où on va. 

(Vous faites ça depuis longtemps ?)

IG : Ouais, six ans.

Deep : Six-sept ans.

IG : Et puis maintenant, c’est moi qui m’occupe du mix des morceaux donc ça permet vraiment d’avoir la main mise dessus. Les mecs qui nous font les instrus, c’est des gars qu’on connait, on peut bosser dessus avec eux. Dans la manière dont on crée la musique, on essaie vraiment de se professionnaliser, ce qu’on ne faisait pas avant. Donc oui, il y avait ce côté plus fou-fou, plus brut de décoffrage. Plus ça va, plus on essaie de faire quelque chose de qualitatif sur tous les points de vue. 

C’est quoi votre première source d’inspiration ?

Deep : La vie, les potes. Ce qu’on voit autour de nous. Et les autres artistes qu’on écoute.

Et vos principales influences musicales ?

IG : C’est trop dur, ça ! C’est toujours la question difficile. 

Deep : Ouais, on passe notre vie à écouter du son. Moi, tout ce qui sort dans le rap français, je l’écoute. C’est difficile de penser à quelque chose en particulier.

IG : Et j’écoute trop de styles différents pour citer un artiste préféré. Le groupe qui m’a le plus marqué, au tout début, c’était Lunatic.

Deep : Ouais, Lunatic, Booba…

IG : Mais il y a tellement de styles, je peux écouter de l’afrobeat, comme je peux écouter du rap. Ça se limite même pas au rap. Même dans ce genre, il y a de plus en plus de sous-genre différents, ce qui est plutôt bien.

Deep : Et quand tu fais de la musique comme nous, tout ce que tu écoutes va t’influencer. Même sans faire de la musique d’ailleurs ! On est tous humains, écouter quelque chose ça rentre dans ta tête et ça te change, toi et ta vision des choses. Tout nous influence. Même les trucs mauvais, parce qu’on va chercher à ne pas les faire.

Dans ce cas, qu’est-ce que vous n’aimez pas ?

Deep : Il y a peu de choses que je n’aime pas. J’arrive toujours de trouver un peu de bon là où c’est mauvais. Je suis pas du tout fermé, j’ai des potes qui écoutent des tas de trucs différents. C’est rare de dire « ça j’aime pas, j’écouterais jamais ! ».

IG : Il y a toujours des trucs biens. Bon, toujours des daubes aussi, mais… 

Deep : En plus, nous, on est mordus de rap. Donc n’importe quel artiste qui va fournir un effort, on apprécie sa démarche.

Et quand vous n’êtes pas dans votre rôle de Deep & Igee, les rappeurs, qu’est-ce que vous faites ? 

L’image contient peut-être : une personne ou plusDeep : Je fais une formation dans le graphisme. Mais on est tous les jours dans notre rôle, parce que c’est pas vraiment un rôle ! 

IG : Moi, je suis en école d’ingénieur du son, en troisième année. À côté, aussi, je fais du son pour d’autres gens.

Deep : D’où le fait qu’il mixe. 

IG : Je fais du son pour d’autres rappeurs locaux, qui viennent chez moi, où j’ai un studio. C’est une activité payée, je fais pas ça pour le plaisir, même si ça me plait. Il y a eu Calc, qui a sorti son projet. Les p’tits de System D, qui sont d’ailleurs pas si petits…

Deep : Ouais, qui sont pas si petits que ça ! (rires)

IG : Petits dans le sens où ça ne fait pas très longtemps qu’ils font du son.

Vous participez souvent à des concours Freestyle, vous en avez gagné quelques uns. Est-ce que vous avez le projet de refaire ce genre de scène ?

IG : Non, pas particulièrement.

Deep : On n’a plus trop envie de faire ça, en fait. Après, c’est surtout IGee qui en a fait beaucoup, moi j’en ai participé à quelques-un mais les concours, les battles, ça a jamais vraiment été mon truc.

IG : Moi j’en ai beaucoup fait, j’en ai gagné quelques-uns. Récemment, j’ai gagné ceux que je voulais gagner. J’en ai fait un petit dernier, qui n’a pas encore été diffusé, une édition spéciale de Rentre dans le Cercle, l’émission de Fianso, mais ça ne m’a pas beaucoup plu. C’est vraiment de la performance et de l’improvisation, c’est pas la même chose que faire des morceaux. Et plus ça va, plus c’est ce que je préfère : faire des morceaux et les interpréter. Mais là il s’agit vraiment de performance.

Qu’est-ce qu’elles vous ont apporté ces compétitions, sur le point positif ?

Deep : De l’humain. 

IG : Ouais de l’humain, et puis ma manière d’appréhender la scène, ça passe un peu par là. Même si, en impro, on a pas vraiment la même démarche que quand il s’agit de ses morceaux ; ça correspond pas tout à fait à ce qu’on peut faire sur scène. Et c’est pour ça que je veux m’en éloigner, pour ne pas être assimilé à une catégorie de rappeur qui n’est pas vraiment celle dans laquelle je suis. Parce que le freestyle, je faisais ça pour m’amuser, alors que le son j’en fais vraiment sérieusement. Donc les concours, c’est pas d’actualité. Sauf peut-être des concours dans lesquels on s’inscrit en tant que groupe, avec une tournée à la clé. Tu ne viens pas en tant que performeur qui vient faire une performance.

Deep : Ouais, pas en MC. Tu viens en mode musicien, et tu peux te retrouver face à un groupe de rock, par exemple.

Quel morceau vous recommandez à quelqu’un qui découvre votre musique ?

IG : Un morceau qui est sorti, du coup ? 

Deep : Si je le rencontre, je lui dis d’écouter « Prof », le dernier de périmètre. C’est le plus récent donc le plus représentatif de ce qu’on fait maintenant. (à IGee) et toi ?

IG : De nous deux, ouais « Prof ». Ou, quand même, le Medley 2018 qu’on a fait, parce qu’il est bien. Ou sinon même « Classic », franchement je leur montrerais. 

Et celle que vous avez préféré faire ?

IG : Ah, qui est sorti… euh.

Deep : Ouais, parce que sinon on peut pas le dire… (rires)

IG : On a un gros projet en fait qui va sortir en mi-novembre, puis il y aura le projet Deep & IGee, et les deux sont déjà prêts en fait.

Deep : On vient de tourner un clip et il est particulièrement fat. Sans doute le meilleur, mais du coup on peut pas en parler. Mais comme coup de coeur, « Classic », en vrai. C’était l’un des premiers morceaux qu’on faisait chez toi (à IGee).

IG : C’était surtout le premier morceau Deep & IGee.

Là, Deep, c’est ton EP qui sort, à quand le prochain EP commun ?

Deep : C’est ça, moi je sors mon EP. Lui, il a le sien qui va sortir bientôt aussi. Et sur la mixtape Deep & IGee, il nous reste encore un morceau à faire.

IG : Ouais, franchement on est bien. On a jamais été aussi bien (rires).

Deep : C’est dans les six prochains mois, du coup.

IG : Et encore, dans l’idée, faudrait qu’en janvier, tout soit sorti.

Deep : Faudrait que tout soit sorti avant 2019.

IG : C’est faisable.

De gros projets en vue. C’est donc pas la fin de Deep & IGee, mais plutôt le début ?

IG : C’est ça. Puis là, on aura un vrai bagage, on pourra s’en servir. Pour l’instant c’est plus compliqué en salle de concert parce qu’on a peu de morceaux desquels on est 100% satisfaits. Et ça, ça se ressent dans ta démarche, quand t’es pas pleinement satisfait de ce que tu dis. On précise toujours qu’on a des trucs qui arrivent. Là, une fois que tout sera sorti, on se bougera encore plus sur la com’.

Vous allez vous produire sur scène ? Où est-ce qu’on pourra vous voir ?

Deep : Là on vient de faire la première partie de L’Or Du Commun à la Rock School Barbey et voilà, les scènes ça arrive de manière ponctuelle. 

IG : On sera sur scène avec les collègues de Majin Killaz le 31 octobre.

Deep : Ah bon ? J’étais pas au courant (rires).

IG : Ouais, pour post-mortem, c’est un événement dans un lieu secret.

Deep : Vé-nère ! Et on aura aussi une scène à Paris, pour janvier ou février, parce qu’IGee a gagné le Scred Festival Contest, donc on se produira sur la prochaine édition. 

Vous avez une idée de la communauté qui vous suit ?

IG : Non, on sait que ça reste assez local, sur Bordeaux.

Deep : Et quelques gens d’ailleurs. Mais la majeure partie est sur Bordeaux. Et il y a beaucoup de gens qui nous connaissent de nom, qui se sont plus ou moins intéressés à notre musique, mais ils adhèrent pas forcément, donc là c’est à nous de concrétiser et de vraiment les faire adhérer à ce qu’on fait. A nous de bosser pour que tout ces petites gens qui nous connaissent de nom aillent vraiment s’intéresser à ce qu’on fait. 

IG : Ouais, il y a du répondant, mais ça pourrait être mieux. Ne tient qu’à nous de faire de bons morceaux.

Il y en a un qui a le rôle de manager, dans le groupe?

Deep : Non, on se partage les tâches, il y a tellement de trucs à faire : des visuels, de la com’, de la promo, des mails à envoyer.

IG : Lui, il est un peu plus dans les visuels.

Deep : Moi, j’ai un problème avec l’administratif depuis toujours. Je déteste la paperasse, c’est lui qui s’en charge. Mais on fait les sons à deux, lui il mixe, voilà.

IG : Tout est fait maison.

Et dans dix ans, vous vous voyez où ?

IG : En tournée ! En vrai, on rêve pas de la gloire, on veut juste en vivre.

Deep : Oui, vivre de ce qu’on fait, pas forcément faire des disques de platine. 

Merci à vous, les gars !

On retiendra de Deep & IGee deux artistes à suivre, des rappeurs sérieux sans être trop 42111173_1821941784509027_3486712621929857024_osérieux qui alternent entre des textes surprenants de profondeurs posés sur des sons chill, et des rythmes lourds, raps effrénés qui vous donneront envie de vous bouger. Le tout est 100% local, un bon plan Bordelais à retenir quand vous regarderez la programmation des événements musicaux près de chez vous. En attendant, n’hésitez pas à aller vous jeter sur Périmètre, disponible sur Spotify, à écouter sans modération ! Petit conseil des filles de Cultive Bordeaux : on vous recommande Plages de sable blanc, notre petit préféré de l’EP.

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